Implications des modélisations dans l’organisation des entreprises

Malgré ses limites et grâce à une information sélective, la mutation inéluctable des organisations d’assurance vers des processus de décisions systématiquement fondées sur la modélisation va profondément transformer les comportements et les relations entre agents.

La gestion des entreprises : Les risques managériaux doivent aussi être intégrés dans la démarche de construction et d’utilisation des modèles. Ainsi, les actions futures du management devraient donner lieu à une approche plus rigoureuse qu’une simple référence aux actions passées. À titre d’exemple, il pourrait être utile d’instaurer, comme meilleure pratique, le recours à un jeu de rôle mettant en situation de scénario stressé le management de l’entreprise. Le résultat de ce jeu permettrait de mieux identifier les comportements probables dans les cas extrêmes. Certains risques étant devenus trop coûteux par une calibration mal maîtrisée de Solvabilité 2 – la formule standard étant probablement amenée à être la référence pendant 2 ans –, les assureurs pourraient être tentés de transférer les risques à d’autres intervenants. Par ailleurs, l’illusion donnée par l’embedded value de dégager des résultats importants pourrait conduire les salariés à revendiquer des bonus assis sur des perspectives in fine incertaines, et l’État à taxer de manière anticipée des profits non encore réalisés.

L’économie et le secteur de l’assurance : Le comportement moutonnier d’acteurs utilisant des modèles similaires conduira, sans aucun doute, à des « bulles de modélisation » : par exemple, l’embedded value pourra faire croire à une progression sans limites des profits futurs ou au contraire, en cas de crise, faire croire à une dépression excessive. Le risque de modèle peut en outre être systémique, dans la mesure où les modèles internes sont souvent construits avec les mêmes outils et les mêmes hypothèses théoriques, quelles que soient les compagnies d’assurance concernées. La prise de conscience d’erreurs collectives de modélisation aurait des effets, sur les marchés de l’assurance, multipliés par le nombre des acteurs. Le coût élevé en capital pourra faire fuir les assureurs du marché des actions au détriment du financement de l’économie et de la rentabilité à long terme de l’épargne des assurés. Il est important à cet égard de prendre en compte les externalités positives liées à la gestion des entreprises d’assurance.

Le rôle du politique et de la régulation : Les décisions prises par l’entreprise d’assurance le sont dans un cadre où interagissent différents référentiels conduisant chacun à une appréciation différente de la valeur et de son processus de création : comptes sociaux, comptes IFRS, cadre prudentiel Solvabilité 2, information financière dans le cadre MCEV. Le rôle de la régulation est alors essentiel pour empêcher les dérives. Sous l’impulsion des régulateurs qui, soit visent un modèle interne de Place (réflexions en cours en Suède), soit entendent comprendre les situations relatives des assureurs de leur marché en établissant un benchmark, il est possible que les modèles internes convergent. Cette évolution pourrait avoir un effet macroéconomique à étudier.