Gouvernance des modèles

Gouvernance des modèles et comportements des décideurs vis-à-vis des modèles

Les modèles internes des compagnies d’assurance, de plus en plus sophistiqués, sont en théorie au cœur du système de décision. Cependant, cela n’est vrai que pour deux attitudes par rapport au risque, décrites par David Ingram et ses  co-auteurs : les « managers », qui représentent les décideurs qui suivraient la stratégie traditionnellement acceptée de gestion des risques d’entreprise (GRE ou ERM), ont besoin d’un modèle interne sophistiqué pour piloter les risques au niveau global de la compagnie ; les « maximizers » préfèrent la stratégie dite de « risk trading », qui nécessite de savoir si une transaction est intéressante en termes de prix (par rapport au risque ajouté). On s’attend à ce que les attitudes des décideurs par rapport aux modèles dépendent fortement de leur attitude face au risque. Or les premiers travaux  menés par Clot, Ingram et Loisel (2014, en préparation) montrent que l’attitude face au modèle semble dépendre (plus fortement que l’attitude face au risque) de la fonction de la personne interrogée, et également du contexte au moment duquel le sondage est effectué. Les actuaires semblent à première vue faire en moyenne trop confiance aux modèles, et les premiers résultats qui ont été analysés à partir de questionnaires ont montré des attitudes face au risque et face aux modèles très corrélées.

Comprendre comment les événements vécus récemment influent sur les attitudes face au risque et face aux modèles et comment ces attitudes concertées peuvent avoir un impact rétroactif sur la stratégie de la compagnie sera un des objectifs futurs de recherche. Une autre direction de recherche concerne l’étude de décisions collectives impliquant un mélange d’attitudes face au risque et face aux modèles, avec plus de composantes que la moyenne ; on peut penser que cela est signe d’une prise en compte de plusieurs points de vue par chaque décideur pour former son choix, mais il faudrait le vérifier, et comprendre comment ces points de vue « s’agrègent » dans un Comex. Est-il souhaitable d’avoir un Comex avec des attitudes face aux risques et face aux modèles uniformes ou diversifiées ? De quels leviers d’action dispose-t-on pour aboutir à une meilleure prise de risque ? Quel impact l’expérience et la mémoire à court et moyen terme des dirigeants ont-elles sur les prises de décision ? Un lien avec l’économie expérimentale et les neurosciences appliquées à la prise de risque est également envisagé pour aborder ces questions avec une approche interdisciplinaire.

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