Dans quelle mesure les modèles mathématiques peuvent-ils diriger l’industrie de l’assurance ?

Valoriser un partenariat fructueux entre le monde académique de la recherche (le laboratoire de sciences actuarielle et financière de l’ISFA) et celui de l’entreprise (BNP Paribas Cardif), au travers d’une production d’articles conséquente (16 publications dans des revues académiques internationales), tel était l’objectif de ce rendez-vous officiel de cette Chaire d’excellence gérée par la fondation partenariale Lyon1.

S’interroger sur la juste place de la modélisation mathématique dans l’industrie de l’assurance, telle était aussi l’ambition de cette rencontre. C’est autour d’une table ronde réunissant des personnalités prestigieuses (Jean Michel Beacco directeur de l’Institut Louis Bachelier, Renaud Dumora directeur finance et risques de BNP Paribas Cardif, François Ewald directeur de l’école nationale des assurances, Bruno Rousset fondateur et Président d’April Group) que s’est donc poursuivie cette journée.

La conclusion de ces échanges révèle un double constat unanime.

  • D’une part, il faut remettre les modèles mathématiques à leur juste place, sans les décrier comme un mal dangereux, ni au contraire leur accorder une foi sans borne. Il s’agit de les utiliser avec lucidité et à bon escient. Les réflexions liées à cette Chaire doivent aider à la bonne utilisation des modèles et prévenir les dérives possibles, comme a pu le rappeler Pierre de Villeneuve, Directeur Général Délégué de BNP Paribas Cardif.
  • D’autre part, la Chaire d’excellence « Management de la modélisation » reflète le succès d’un partenariat établi entre le monde de l’entreprise et celui de la recherche académique. A ce titre, il importe de favoriser la poursuite et la multiplication de ce type de coopération, afin de favoriser l’émergence de nouveaux projets fédérateurs. A titre d’exemple, la Maison de l’assurance et de l’actuariat prendra prochainement place sur le futur campus Charles Mérieux, comme le soulignait Alain Bonmartin, Président de l’Université Claude Bernard Lyon 1.

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COMPTE RENDU DE LA TABLE RONDE :

Dans quelle mesure les modèles mathématiques peuvent diriger l’industrie de l’assurance ?
Cette question a été abordée selon différents points de vue : du financier au dirigeant d’entreprise en passant par celui du philosophe et des techniciens, les réponses apportées ont fait consensus autour de l’idée que le recours à la modélisation constitue un point d’appui pour la prise de décision.
Point d’appui indispensable dans un univers complexe, les modèles mathématiques peuvent et doivent concourir à éclairer le décideur mais ne sont pas destinés à se substituer à lui pour prendre des décisions de management. Les modèles quantitatifs ne capturent qu’une partie des risques (ceux que le modélisateur a choisi d’intégrer) leur rôle est de rendre intelligible des phénomènes complexes pour fournir au décideur des éléments d’appréciation par nature limités et imparfaits. D’ailleurs le décideur a à sa disposition des résultats issus non pas d’un modèle mais de plusieurs modèles, chacun adapté à une problématique donnée (tarification, capital économique, provisionnement, etc.).

La bonne compréhension par les décideurs des capacités et des limites de modèles de plus en plus élaborés constitue donc un enjeu majeur du déploiement de Solvabilité 2. La capacité offerte par la puissance des ordinateurs et les approches stochastiques de balayer un grand nombre de scénarios peut laisser croire que l’ensemble des situations possibles a été examiné par le modèle, alors même qu’il n’aura restitué finalement que les a priori du modélisateur sur les risques considérés. A ce titre, l’un des dangers d’un dispositif comme Solvabilité 2, qui fixe un cadre d’évaluation commun à l’ensemble des acteurs, est de conduire à une uniformisation des points de vue et des analyses. Cette uniformisation est par ailleurs induite par un ensemble de règles qui comporte sa part d’arbitraire (par exemple le choix de retenir des valorisations économiques) et peut conduire les acteurs du marché à ne plus considérer les risques qu’ils gèrent qu’au travers de ce prisme. Une telle uniformisation pourrait induire une certaine déresponsabilisation des décideurs.

Il importe donc que chaque organisme puisse développer des approches adaptées à sa taille, sa vision du marché, son positionnement et sa “culture du risque”. Dans un environnement réglementaire de plus en plus exigeant en termes de technicité, le défi est tout particulièrement important pour les structures petites et moyennes : la conception, le développement et la mise en oeuvre de modèles de plus en plus ambitieux a un coût, tant financier qu’en termes de formation, dont la charge apparaît d’autant plus lourde que l’organisme est petit.

Enfin, il importe de ne pas perdre de vue que la réglementation prudentielle n’a pas vocation à protéger l’entreprise d’assurance mais l’assuré, qui doit rester in fine le bénéficiaire de cette sophistication croissante, dans un marché à même de lui proposer des couvertures d’assurance diversifiées et adaptées à ses besoins.

Par Frédéric Planchet (Professeur associé à l’université Lyon 1)

Retrouvez les photographies de la conférence !

Béatrice Dias, Directrice communication Lyon 1

Alain Bonmartin, Président de l'Université Lyon 1

Pierre de Villeneuve; DG délégué BNP Paribas Cardif

Jean-François Arrue, Vice Président du Grand Lyon

Christian Robert, Professeur à l'université Lyon 1

Jean-Paul Laurent, Professeur à l'Université Paris 1

Véronique Maume-Deschamps, Professeur à Lyon 1

Stéphane Loisel, Professeur à l'Université Lyon 1

Frédéric Planchet, Professeur à l'université Lyon 1

Jean-Michel Beacco, DG de l'Institut Louis Bachelier

Bruno Rousset, Fondateur et PDG d'April Group

Renaud Dumora, Dir. Finance et Risque BNP Paribas Cardif

François Ewald, Directeur de l'ENAS